Apollon et Daphné (1622-
Après avoir tué le monstre Python, Apollon rencontre Amour, absorbé dans la fabrfication de son arc.
Enorgueilli par son récent exploit, Apollon se moque d’Amour et lui conseille d’abandonner le tir à l’arc, qui convient mieux aux excellents chasseurs comme lui. Pour se venger Amour frappe Daphné, fille du dieu fleuve Pénée, d’une flèche de plomb, qui provoque l’aversion, tandis qu’Apollon est frappé d’une flèche d’or qui, au contraire, fait naître l’amour.
Épris de la jeune fille le dieu la poursuit sans relâche, jusqu’à ce que Daphné finisse par demander secours à son père.
Soudain alors qu’Apollon est sur le point de la rattraper, la jeune nymphe se change
en laurier. Le laurier-
Apollon désespéré décide que puisque Daphné ne sera jamais à lui, le laurier deviendra sa plante sacrée.
La posture la plus courante de Daphné la montre levant les bras, qui se transforment en branches.
Le Bernin capture ce moment précis opérant par-
L’amour d’Apollon pour Daphné est en réalité une vengeance de Cupidon à l’encontre du dieu. Ce dernier, fort de sa victoire sur le serpent Python, dénie à l’enfant la capacité de se servir des armes d’un héros.
“Alors le fils de Vénus [Cupidon] : “Que ton arc atteigne tous ses buts, soit, Phœbus
[Apollon] ; le mien, c’est toi qu’il atteindra ! lui répondit-
Ovide, Les Métamorphoses, livre I
Ici, Le Bernin reste fidèle au texte, les moindres détails de la métamorphose sont représentés, des yeux baissés de Daphné vers le fleuve Pénée, son père, au geste d’Apollon, tout y est. Le Bernin n’invente pas le motif, il est dans la virtuosité
Cette fois, la poursuite est rendue par le parallélisme des corps, deux beaux jeunes corps harmonieux qui auraient pu s’aimer, si seulement cette peste de Cupidon n’avait pas voulu se venger de sa blessure d’orgueil.
Et nous qui profitons du crime, prenant plaisir à détailler tous ces minuscules détails qui marquent la transition entre l’humain et le végétal : les orteils se transformant en racines, l’écorce enveloppant doucement le corps ferme de Daphné, les doigts et les cheveux se prolongeant en rameaux de laurier.
Et puis la main d’Apollon qui sent encore battre le cœur de celle qu’il aime (qui battra pour l’éternité, les lauriers ne perdent pas leurs feuilles), alors qu’il ne l’atteindra jamais plus. (Nathalie Petitjean)
Un distique en latin, composé par le cardinal Maffeo Barberini (futur pape Urbain VIII) et gravé sur le cartouche du socle, légitime la présence d’un tel groupe dans la demeure d’un prélat : “Celui qui aime suivre les formes fugaces du divertissement finit par se retrouver avec des feuilles et des baies amères”. La morale est sauve.








APOLLON ET DAPHNE